Jean-Claude
C'est en 1960 que l'histoire débute. Nous sommes dans le sud de la banlieue parisienne à Fontenay-aux-Roses.
Jean Claude Coulonge apprend à jouer du tambour à la fanfare de Sceaux. Il s'entraîne à la maison, mais quelques
protestations du voisinage lui font découvrir avec stupeur que l'un de ses voisins est un batteur de jazz noir Américain, qui
joue chaque jour dans l'orchestre du Moulin Rouge. "Gaby Batty", car c'est son nom, va lui donner quelques cours
d'initiation aux rythmes du Jazz et du Rock. Car c'est bien cela qui fascine Jean Claude, cette musique qu'il écoute avec ses
copains devant le juke-box du bar où tous se retrouvent en rentrant de l'école, en buvant un lait-fraise ou un diabolo-
menthe. Gene Vincent, Elvis Presley, Little Richard qu'il écoute sans cesse, vont marquer pour toujours ses goûts
musicaux.
En 1961, la vague yéyé est en train de déferler, et Jean Claude travaille alors comme aide-archiviste dans une compagnie
d'assurances boulevard Haussmann à Paris, à deux pas du golf drouot ! Il passe son heure de déjeuner dans un petit bar de la rue Joubert,
"le Calypso" où il dépense sans compter dans le juke-box pour écouter les Chats Sauvages, les Chaussettes Noires
et El toro et les Cyclones. Il va y croiser Johnny, Daniel Dray (El toro), Jacques Dutronc et bien d'autres.
Ce quartier de la Trinité est le coeur du milieu musical de l'époque. Un jour il tombe en arrêt devant un petit salon de coiffure qui arbore en
vitrine les photos d'Eddy Mitchell, Dany Logan, Vic Laurens. C'est le début d'une longue amitié et pendant des années il va se faire coiffer par
le coiffeur des vedettes, Jacques De Closets qui est maintenant un ami de 40 ans.
En juin 1961 survient un événement qui fait que Jean Claude ne reprendra jamais son travail dans les assurances. Le bouche à oreille
fonctionnant bien, il est contacté par un groupe qui cherche un batteur de remplacement pour une tournée en juillet. Rendez-vous est pris
dans un café à la gare de Clamart, et enfourchant sa Motobécane "spéciale 50", il retrouve le groupe "Les Centaures" au complet, avec le
chanteur Claude Delbart alias "Dan Devils", Claude Doudou (guitare rythmique), Max Siffroy (saxo), Christian Martinie (guitare solo) et Gérard
Voissenet (guitare basse).
Après les présentations, et comme le temps presse, il est engagé séance tenante pour la tournée qui commence dès le lendemain. Ne
possédant pas de batterie, il est convenu qu'il jouera avec la caisse claire et la cymbale de l'ancien batteur.
Le lendemain, le groupe prend la direction du sud, la RN7, avec tout le matériel entassé dans deux "4 CV Renault" grises,
et Jean Claude apprend le répertoire dans la voiture pendant le trajet. Baptême du feu à Aix en Provence où le groupe
joue au
même programme que Charles Trenet sur un podium en plein air. D'autres escales marquantes comme Sanary avec les
Compagnons de la Chanson, Nice avec les Loups Garous, puis Toulon, Bandol, La Ciotat. Installé au camping municipal
de Sanary, le groupe anime des soirées, joue aux terrasses des cafés, mais le peu d'argent gagné est vite dilapidé, et les
parents sont appelés au secours.
Cependant la côte d'azur est tellement écumée par trop de groupes, que la décision de remonter vers la Bretagne est prise, avec des petits
galas au hasard des arrêts. Un jour dans un restaurant, un homme affable vient s'asseoir à leur table et montre un réel intérêt pour ce qu'ils
font, et ne tarit pas de questions sur la musique qu'ils jouent. Ce qui ne laisse pas sans les étonner, tant il est vrai que les anciens de
l'époque, n'avaient pas un amour débordant pour le twist ou le rock'n'roll. Ils sont restés deux heures à cette pause déjeuner à discuter
spectacle avec Raymond Devos, car c'était lui qui était en tournée dans la région, et ils gardent de ce moment un souvenir particulièrement
fort ! A Quiberon, ils donnent un dernier petit concert en première partie de Richard Anthony, puis décident de rentrer.
De retour à Paris, Jean Claude continue à prendre des cours avec son voisin, puis achète sa première batterie chez "Pasdeloup", boulevard
Saint-Michel à Paris. C'est une Asba bleue ainsi que des cymbales Paiste. Après un premier petit concert de rentrée au programme de René
Louis Lafforgue, le groupe se met à travailler sérieusement dans un local prêté par des religieuses à Clamart, avec quelques petits galas de
charité en contrepartie. Dans cette salle, un soir, ils ont la visite de Willy Lewis le batteur des Chats Sauvages, venu leur prodiguer conseils
et encouragements !
Cette photo des Centaures, malheureusement la seule qui ait été conservée, les montre avec leur tenue de
scène, chemises noires avec pantalons blancs, seul le chanteur portait une chemise rose avec une cravate en
cuir noir. Le groupe passe de nombreuses auditions chez Vogue, Barclay, Bel-Air ou Pathé Marconi, hélas sans
succès.
Les concerts continuaient à Paris, Salle Wagram, le Bataclan, la Mutualité où ils croisent Claude François
(alors qu'il était percussionniste et ne chantait pas encore), et la Fête de l'Humanité avec Johnny, devant des
milliers de personnes.
En décembre 1962, ils jouent pour la réouverture du concert Pacra, avec les 3 Ménestrels en vedette, et un soir
ils accompagneront au "pied levé", Billy Bridge qui n'avait pas ses "Mustangs", ce soir là !
Mais leurs plus beaux souvenirs restent liés à leurs nombreux passages au Golf Drouot en 1963/64.
L'épopée des Centaures durera 4 ans, et en 1964 le groupe sera décimé par les départs à l'armée et Jean Claude restera sans orchestre.
Quelques mois plus tard, il passe une audition qui va lui permettre de jouer avec "les Fingers", mais il n'aime pas trop la mentalité du groupe
composés de "vieux" d'une trentaine d'années, par ailleurs excellents musiciens !
Mais continuant à fréquenter le Golf Drouot, il va être recruté par le groupe "Les Solitaires" qui font du Ventures, et les répétitions
commencent au Pré St-Gervais. Premier concert à Tours où le groupe accompagne la chanteuse Lysiane Loren, puis à Cabourg où ils
accompagnent Moustique !
Dans leur salle de répétitions, ils vont faire des essais avec plusieurs chanteurs, dont un jeune inconnu Pascal
Danel, avec lequel il feront un petit bout de chemin. Beaucoup de concerts en région parisienne, Puis un jour, à
Saint-Germain-en-Laye, ils terminent premier d'une finale dont la récompense est la promotion et
l'enregistrement d'un disque chez Bel-Air. Jean Claude est à deux doigts de réaliser son rêve, mais
malheureusement le sort en décidera autrement, à cause de la réticence de certains parents, qui préféreront
privilégier les études de leurs enfants, plutôt que les aléas de la vie de saltimbanque.
La rupture du groupe s'en suivra dans l'année 1966. Jean Claude ne reprendra du service qu'en 2002 en créant
"Les Vinyls".
Jean-Claude
Coulonge
Batteur et fondateur
des Vinyls